L’empathie, un élément incontournable des relations humaines 

Cette capacité à envisager le point de vue d'autrui est d'abord utile à celui qui la met en oeuvre, car elle lui permet de mieux comprendre l'autre, mais aussi de se décentrer de son point de vue personnel pour pouvoir se remettre en question et évoluer. Quant à celui qui en bénéficie, il est ainsi encouragé à s'exprimer de manière plus approfondie, ce qui lui permet notamment de se libérer des charges émotionnelles excessives et de prendre du recul dans un moment difficile. 

Le lien entre les personnes concernées en est alors renforcé ; car si l'empathie suppose un minimum de confiance réciproque, sa mise en oeuvre augmente aussi le niveau de confiance. En situation de conflit, elle permet de mieux se comprendre mutuellement, et donc de rechercher plus facilement des solutions dans lesquelles les besoins de chacun sont pris en compte. 

Une potentialité innée mais une capacité complexe à construire 

Cependant, même si les humains en tant qu'être sociaux ont l'empathie inscrite dans les gènes (comme en témoigne la mise en évidence par les neurobiologistes de « neurones miroirs »), l'utilisation de cette capacité n'est pas toujours évidente. 

D'une part, sa mise en oeuvre nécessite l'apprentissage d'outils de communication tels que la reformulation. D'autre part, son emploi n'est pas adapté à toutes les situations, ou doit parfois être associé à d'autres modes de communication ou stratégies complémentaires. Ainsi, dans certains cas, elle nous semble impossible (notamment quand nous sommes très en colère, et nous avons alors besoin d'outils pour réguler notre émotion) ; dans d'autres cas, elle nous semble inefficace ou inappropriée, voire produire des effets inverses à ceux souhaités. 

C'est pourquoi il est utile d'en connaître aussi les limites. En effet, l'empathie rapproche les personnes. Or, parfois, par exemple face à un comportement de manipulation, il est nécessaire de garder voire d'augmenter la distance, pour se protéger. Par ailleurs, être à l'écoute de l'autre peut conduire à oublier son propre point de vue et ses besoins essentiels, et aller au-delà de ses limites personnelles physiques et psychiques. 

L'attitude d'empathie suppose par principe une certaine distance (ce qui la différencie de la sympathie, dans laquelle les personnes vibrent de la même émotion) et un minimum de conscience de soi, mais le dosage de cette distance et de cette réflexivité est d'autant plus difficile que les sollicitations de son interlocuteur sont fortes, ou que la fatigue s'installe. 

La nécessité d'outils ou de stratégies complémentaires 

C'est pourquoi, l'usage raisonnable de l'empathie suppose de l'associer à d'autres outils relationnels qui facilitent la prise de recul ou l'instauration de limites, par exemple : 

  • la mise en place et la gestion d'un cadre ou de règles relationnelles, clairement exposées, validées en commun, afin de réguler la distance. Cela peut concerner notamment : objectifs de chacun dans l'entretien et contours du sujet abordé, lieu approprié, droit de dire « stop » à tout moment, durée de l'échange,... 
  • l'appel à un tiers, pour que la personne qui offre son empathie de manière régulière ou approfondie ait l'occasion de prendre du recul : supervision ou groupes d'analyse de la pratique pour les professionnels de l'accompagnement, médiateur,… 
  • les techniques de régulation du stress comme la relaxation ou la programmation mentale, afin de ne pas être trop envahie par l'accumulation de ses propres émotions, et de pouvoir maintenir un niveau de disponibilité à l'autre suffisant, 
  • … 

Pour bénéficier pleinement des atouts de cette potentialité naturelle, de nombreux apprentissages paraissent donc nécessaires, et la connaissance de soi et de ses propres limites permettra d'en faire un usage le plus adapté face à la complexité des situations rencontrées. 

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Télécharger l'article "Empathie, atouts et limites" de Guillaume Tixier, le 15 septembre 2014