Article : Coopérer à tous les étages

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Coopérer à tous les étages

Le monde qui nous entoure est de plus en plus complexe et instable, exigeant ainsi de grandes capacités d’adaptation et d’apprentissage. Parallèlement, les savoirs sont de plus en plus vastes : personne ne peut aujourd’hui à lui seul maîtriser toute la connaissance sur un sujet. La coopération est alors une solution, voire un indispensable pour réunir les compétences et les savoirs des membres d’un groupe. Contrairement aux idées reçues, de nombreuses recherches ont montré que l’entraide et la coopération sont très fréquentes dans la nature, bien plus que la compétition.

Coopérer, c’est faire ensemble

Il y a là l’idée d’une œuvre commune, d’un projet commun. Nous pouvons identifier deux niveaux de coopération, par exemple pour préparer un repas à plusieurs : nous pouvons faire notre part chacun de notre côté (entrée, plat, dessert), ou nous pouvons coopérer pour faire l’ensemble du repas depuis l’élaboration du menu jusqu’à la réalisation effective. Dans le premier cas de figure, « faire chacun notre part », avec un peu de chance nous arriverons à un repas équilibré et nous parlerons dès lors plutôt de collaboration. Dans la deuxième option, « faire ensemble », non seulement le résultat sera probablement plus harmonieux, mais surtout nous aurons, en plus d’avoir fait ensemble, partagé des savoirs et du relationnel. Définir ainsi la coopération permet de s’intéresser au processus, et pas seulement au résultat.

Il est plus facile de coopérer si nous avons un but commun, mais ce n’est pas indispensable : nous pouvons décider de contribuer à la préparation du repas (qui est le projet commun, ou l’œuvre commune) pour apprendre de nouvelles recettes, ou pour passer un bon moment avec les autres contributeurs, pour faire équitablement notre part de corvée de patates, pour transmettre un savoir-faire, pour bien manger, etc. (donc pour des buts différents). C’est l’histoire d’un village où 50 personnes ont coopéré pour accueillir deux familles de migrants : certains villageois l’ont fait pour incarner des valeurs chrétiennes, d’autres pour lutter contre le racisme et la xénophobie, d’autres pour mettre en œuvre une idée de fraternité, et au final ils l’ont fait ensemble, malgré quelques frottements quand la différence des valeurs se fait jour. Ils auraient pu préférer l’entre-soi et constituer un petit groupe de 15 personnes, qui n’auraient pas pu faire autant pour ces familles.

Dans l’action éducative et sociale, les occasions de coopérer sont multiples : en réunion d’équipe pluridisciplinaire, dans la relation aux familles, dans la relation au public accueilli, entre l’équipe et les dirigeants, etc. Prenons l’exemple de la réunion d’équipe : chacun donne-t-il un avis relatif exclusivement à son domaine (les soignants sur la santé, les éducateurs sur l’accompagnement éducatif et social) ou chacun peut-il faire des liens entre ces disciplines ? Comme Emmanuelle Perrone[1], l’IFMAN plébiscite les réunions pluridisciplinaires où les présents peuvent aborder les questions dans toutes leurs dimensions, en partageant leurs points de vue et leurs savoirs, et en mettant les « egos » de côté.

Coopérer c’est bien prendre part à une œuvre commune. Et, différentes recherches l’ont montré la motivation des salariés est intrinsèquement liée au fait de se sentir contribuer, d’être acteur et donc apporter quelque chose à l’œuvre commune. Ainsi développer la coopération dans les collectifs, notamment de travail, c’est contribuer à soutenir l’engagement et la motivation des professionnels.

Coopérer c’est d’abord une attitude, une intention

Coopérer, c’est une attitude générale, une posture éthique humaniste et inclusive : une coopération riche repose sur l’inclusivité et la prise en compte des différences. Céline Alvarez le montre bien dans son ouvrage sur l’école[2] : si l’on met ensemble des enfants qui ont tous le même âge, la comparaison, donc la compétition, est inévitable. La coopération est plus aisée quand les enfants ont des âges différents et donc des compétences différentes : les uns vont apprendre en transmettant aux autres, et comme aucun enfant ne progresse de manière linéaire et égale, les apprentissages croisés sont nombreux. C’est une difficulté des enseignants qui tentent de s’appuyer sur la coopération entre les élèves pour leurs apprentissages alors qu’ils sont dans des classes homogènes.

Dans le monde des adultes, la différence va se traduire par des points de vue divergents, des désaccords. Or, c’est la prise en compte des désaccords constructifs, même minoritaires (voire surtout minoritaires), qui enrichit véritablement les propositions. De fait, ils conduisent à sortir des évidences, à ouvrir de nouvelles pistes. Le principe de la gestion par consentement (GPC) cher à la sociocratie, illustre cette idée : une objection à une proposition peut être considérée comme un cadeau qui va conduire le groupe à bonifier la proposition.

Anne et Patrick Beauvillard (InsTerCoop) ont forgé le concept de maturité coopérative, avec la capacité à prendre du recul sur le processus et à tenir compte des « je », du « nous », du « dans » (le territoire, l’écosystème de l’organisation). C’est cette maturité qui invite à donner du temps à la contradiction et à l’expression des différences et des points de vue minoritaires, et finalement à considérer qu’il y a deux projets parallèles : le projet en lui-même, et le projet de coopérer.

Enfin, coopérer s’appuie sur des outils, méthodes et savoir-faire, avec la fonction de nourrir les trois besoins majeurs dans un groupe : le besoin de sens et d’orientation (définir et progresser vers une œuvre commune, en accord avec les valeurs du groupe), le besoin de clarté et de sécurité dans le fonctionnement du groupe, et enfin le besoin de relations sociales fluides, qui s’appuie sur des savoir-faire relationnels et l’existence d’espaces d’interconnaissance et de régulation des relations.

Ces trois besoins peuvent être questionnés dans une classe d’élève, mais aussi à l’échelle individuelle : comment susciter l’adhésion et la coopération d’un jeune accueilli en institution, en s’appuyant sur la valeur qu’a pour lui le projet proposé, sur sa capacité à être acteur, et sur la saveur et la convivialité du moment ?

Des savoir-faire méthodologiques et relationnels, individuels et collectifs, favorisent le processus coopératif. Savoir exprimer ses émotions et ses besoins, entendre et accueillir les émotions et les points de vue d’autrui sans les minimiser ni dramatiser, entrer en dialogue pour trouver des solutions, ouvrir des pistes, explorer de nouvelles voies sont de véritables points d’appui pour coopérer. Les compétences méthodologiques pour préparer une réunion, animer un travail constructif, décider ensemble, ou encore réguler les tensions peuvent être acquises en interne. Lorsqu’elles ne le sont pas suffisamment, elles peuvent être mises en œuvre par un tiers extérieur, notamment quand le besoin de régulation des relations et des conflits est fort.

Ces postures, méthodes et outils de coopération vont conduire le groupe et les individus qui le composent à grandir en compétences. Et ainsi, ils seront à même non seulement de progresser vers les résultats concrets attendus, mais aussi de partager des savoirs et tisser des liens qui renforcent la cohésion du groupe, son expertise globale et sa capacité à faire face à la complexité de ce que traverse leur structure, et aussi notre monde actuel.

 

Annie LE FUR et Marie-Pierre Coudert
Juin 2024

 

Pour en savoir plus, l’IFMAN propose un webinaire gratuit, le 27 juin 2024.

L’IFMAN propose une formation centrée sur la coopération en équipe ou dans un groupe, en intra ou sur inscription individuelle.

Par ailleurs, toutes les formations de l’IFMAN permettent d’expérimenter la coopération en groupe et de développer ses compétences-clefs dans ce domaine, que l’on soit responsable d’équipe ou professionnel du travail social, médico-social, éducatif ou du monde de l’entreprise.

Enfin, les accompagnements de l’IFMAN, en APP ou en régulation des relations, s’appuient sur des compétences, un cadre, des méthodes de l’intelligence collective susceptibles de produire de la coopération dans le groupe.

[1]Institut des futurs souhaitables
[2]référence

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autour de cette thématique :

Coopérer en intelligence collective – Repères, attitudes et outils

Cette nouvelle formation proposée par l’IFMAN Co, vise à donner les outils nécessaires au développement de la coopération au sein d’un groupe, collectif, équipe.

Mieux communiquer en équipe

Au sein d’une équipe ou avec les personnes accueillies, la manière de communiquer a une incidence sur l’évolution des inévitables désaccords. Comment communiquer pour s’acheminer vers des relations plus satisfaisantes ? À partir du verbal et du non-verbal, il s’agira de développer les capacités d’écoute, d’empathie et d’affirmation de soi.

Posture managériale, coopération et conflictualité

Mobiliser les différentes dimensions de la fonction d’encadrement afin d’incarner une autorité facilitant la bonne organisation de l’activité, la régulation de la vie du groupe et la coopération. Pour les cadres en inter, intra et accompagnement.

Communication, relations et conflits

Au sein d’une équipe ou avec les personnes accueillies, la manière de communiquer a une incidence sur l’évolution des inévitables désaccords. Comment communiquer pour s’acheminer vers des relations plus satisfaisantes ? À partir du verbal et du non-verbal, il s’agira de développer les capacités d’écoute, d’empathie et d’affirmation de soi.

Posture d’accueil et d’écoute d’un public en situation difficile

Accompagner une personne en difficulté n’est jamais simple. D’une part, ses problématiques, ses conditions de vie, sa souffrance ne nous laissent pas indifférents, et ce d’autant plus dans un contexte de réalité qui impose ses limites. Comment ne pas se laisser déstabiliser par des situations qui nous touchent en tant qu’être humain ?

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